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Maud Ruby: When Feathers Become Sculpture

1 day ago
7 min read

Maud Ruby is a Paris-based plumassière, a feather artisan, who also works with fabric flowers. Trained as a fashion designer, pattern maker and milliner, she learned her craft the traditional way, at the bench of Maison Legeron, one of the last historic Parisian houses of feathers and flowers, which notably created the Yves Saint Laurent dress covered in roses worn by Laetitia Casta, and which closed its doors in 2021. Today she works for fashion houses, interior designers and private clients, and develops a personal sculptural practice in which the feather, taken apart and then recomposed, seems to hold a movement suspended in mid-flight. In her Paris studio, she tells us about the creation of this work.


"I didn't go to school to learn feathers. I learned directly at Maison Legeron, which worked in an extremely traditional way: the perfect placement of the fingers, the right way to hold and cut a feather. Historically, flowers were mostly worked in summer and feathers in winter, for the milliners who came to trim their hats. It was a wonderful school, especially for dyeing. We learned to work with depth, to create shading within a flower.

I had first trained as a fashion designer and pattern maker, then as a milliner. Flowers and feathers came afterwards. When I began working freelance for different houses, and then developing my own commissions, combining these skills happened naturally. I have never really understood why, in France, people don't like you to wear several hats. That is precisely why I began making these sculptural pieces: I wanted to bring my skills together and find my own form of expression.

For me, the very principle of craft is to deconstruct a material, make it your own, and then turn it into something else. Here, I wanted to recompose a movement after completely taking the feather apart. The sculptures give the impression of a freeze-frame, as if the movement had stopped for a fraction of a second.

I often use my millinery skills to build the bases. In another piece, you almost have the feeling that the feather has taken on XXL proportions and is curling, literally rolling across the wall. That is always the idea I try to bring out: movement, but movement held in suspension.

This one is still only a fragment. The final sculpture will be much larger and will hang on the wall. There is always a kind of ambivalence between the vegetal and the animal. You are never quite sure what you are looking at. There is something of a leaf about it, and at the same time it is undeniably a feather. I love playing with that ambiguity.

The black feather with bronze reflections is rooster. The rest is goose. The fuller, more voluptuous one inside is what we call 'swan,' but it is goose as well. In our trade, some technical names no longer correspond to the animal itself. Swan has been forbidden for a very long time, but the name has stayed.

Today we work only with farmed species, and personally I prefer feathers that come from the food chain. Anything else, such as bird-of-paradise, comes from old stock that you can sometimes find at flea markets.

The regulations grew out of a rather wild story. From the eighteenth century onward, with exotic birds arriving in Europe, fashion completely lost its head. Women wore entire birds on their hats, sometimes even two birds-of-paradise. Eventually an English ornithologist sounded the alarm.

Protecting certain species is obviously a very good thing. But it also forces us to reinvent ourselves. A client might come in and say: 'I love kingfisher. How can we reproduce that colour?' So we try to recreate that sensation with feathers that are allowed. That is one of the challenges of our trade today.

Our tools, on the other hand, have hardly changed since the eighteenth century. What evolves is the way we repurpose the techniques and skills we have inherited.

Goose is my passion, because I love working with dye and colour. In its natural state it is rather grey, but dyeing allows you to give it almost any colour you want.

I use chemical pigments. Plant dyes tend to change over time, and I find it problematic to sell a piece without knowing how it will react to light or exposure. The process itself is quite simple: a pan, hot water, pigments and a fixative. But every feather reacts differently.

If you dip goose, ostrich and a third species in the same bath, you will get three different colours. A piece that combines several species therefore requires several baths. It takes time. And feather work always takes time.

A feather is made of keratin, like our hair. So it can be bleached, curled, washed. It is neither as fragile nor as difficult to care for as you might imagine. To clean it, a little steam and a soft brush are enough.

And working with feathers is very soothing. People who begin working with them often discover a kind of serenity. And then there is the fascination: realising that nature is capable of drawing something so extraordinary."


Maud Ruby, Paris, September 2026




Version Originale en français


Maud Ruby est plumassière à Paris et travaille également la fleur en tissu. Styliste modéliste et modiste de formation, elle a appris son métier à l'ancienne, à l'établi de la Maison Legeron, l'une des dernières maisons historiques parisiennes de plumes et de fleurs, qui avait notamment réalisé la robe Yves Saint Laurent couverte de roses portée par Laetitia Casta, et qui a fermé ses portes en 2021. Elle crée aujourd'hui pour des maisons de mode, des architectes d'intérieur et des clients privés, et développe un travail sculptural personnel dans lequel la plume, déconstruite puis recomposée, semble suspendre un mouvement en plein vol. Dans son atelier parisien, elle nous raconte la création de cette œuvre.


« Je n’ai pas fait d’école pour la plume. J’ai appris directement à la Maison Legeron, qui travaillait de manière extrêmement traditionnelle : le placement parfait des doigts, la façon de tenir et de couper une plume. Historiquement, les fleurs étaient plutôt travaillées l’été et les plumes l’hiver, pour les modistes qui venaient garnir leurs chapeaux. C’était une très belle école, notamment pour la teinture. On y apprenait à travailler la profondeur, à créer des dégradés dans une fleur.

J’avais d’abord été formée comme styliste-modéliste, puis comme modiste. La fleur et la plume sont venues ensuite. Lorsque j’ai commencé à travailler en freelance pour différentes maisons, puis à développer mes propres commandes, le mélange de ces savoir-faire s’est fait naturellement. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi, en France, on n’aime pas avoir plusieurs casquettes. C’est précisément pour cela que j’ai commencé ces pièces sculpturales : j’avais envie de réunir mes compétences et de trouver ma propre expression.

Pour moi, le principe même de l’artisanat consiste à déconstruire une matière, à se l’approprier, puis à en faire autre chose. Ici, je voulais recomposer un mouvement après avoir complètement déstructuré la plume. Les sculptures donnent une impression d’arrêt sur image, comme si le mouvement s’était figé pendant une fraction de seconde.

J’utilise souvent mes compétences de modiste pour construire les bases. Dans une autre pièce, on a presque l’impression que la plume a pris des proportions XXL et qu’elle s’enroule, qu’elle roule littéralement sur le mur. C’est toujours cette idée que j’essaie de faire apparaître : le mouvement, mais un mouvement suspendu.

Celle-ci n’est encore qu’un fragment. La sculpture finale sera beaucoup plus grande et sera accrochée au mur. Il y a toujours une forme d’ambivalence entre le végétal et l’animal. On ne sait pas très bien ce que l’on regarde. Il y a quelque chose de la feuille, et en même temps c’est indéniablement une plume. J’aime jouer avec cette ambiguïté.

La plume noire aux reflets bronze est une plume de coq. Le reste est de l’oie. Celle de l’intérieur, plus voluptueuse, c’est ce que nous appelons du “cygne”, mais c’est également de l’oie. Dans notre métier, certaines appellations techniques ne correspondent plus à l’animal lui-même. Le cygne est interdit depuis très longtemps, mais le nom est resté.

Aujourd’hui, nous travaillons uniquement des espèces d’élevage et, personnellement, je privilégie les plumes issues de la chaîne alimentaire. Pour le reste, comme l’oiseau de paradis, il s’agit de stocks anciens que l’on peut parfois trouver en brocante.

La réglementation est née d’une histoire assez folle. À partir du XVIIIe siècle, avec l’arrivée des oiseaux exotiques en Europe, la mode a complètement perdu la tête. Les femmes portaient des oiseaux entiers sur leurs chapeaux, parfois même deux oiseaux de paradis. Un ornithologue anglais a fini par tirer la sonnette d’alarme.

Protéger certaines espèces est évidemment une très bonne chose. Mais cela nous oblige aussi à nous réinventer. Un client peut arriver en disant : “J’adore le martin-pêcheur. Comment peut-on reproduire cette couleur ?” Alors nous cherchons à recréer cette sensation avec des plumes autorisées. C’est l’un des défis de notre métier aujourd’hui.

Nos outils, eux, n’ont pratiquement pas changé depuis le XVIIIe siècle. Ce qui évolue, c’est la manière dont nous détournons les techniques et les compétences que nous avons héritées.

L’oie, c’est ma passion, parce que j’aime énormément travailler la teinture et la couleur. À l’état naturel, elle est plutôt grise, mais la teinture permet de lui donner pratiquement la couleur que l’on souhaite.

J’utilise des pigments chimiques. La teinture végétale a tendance à évoluer avec le temps, et je trouve problématique de vendre une pièce sans savoir comment elle va réagir à la lumière ou à l’exposition. À la base, le procédé est assez simple : une casserole, de l’eau chaude, des pigments et un fixateur. Mais chaque plume réagit différemment.

Si vous plongez de l’oie, de l’autruche et une troisième espèce dans le même bain, vous obtiendrez trois couleurs différentes. Une pièce qui mélange plusieurs espèces nécessite donc plusieurs bains. C’est du temps. Et la plumasserie demande toujours du temps.

La plume est faite de kératine, comme nos cheveux. On peut donc la blanchir, la friser, la laver. Elle n’est ni aussi fragile ni aussi compliquée à entretenir qu’on pourrait l’imaginer. Pour la nettoyer, un peu de vapeur et une brosse douce suffisent.

Et puis travailler la plume est très apaisant. Les gens qui commencent à travailler la plume découvrent souvent une forme de sérénité. Et puis il y a cette fascination : se rendre compte que la nature est capable de dessiner des choses aussi extraordinaires.» Maud Ruby, Paris, Septembre 2026

 
 
 

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