Pierre-Elie de Pibrac: Room with a View of Mount Fuji
- Laura Matesco

- Dec 1, 2025
- 4 min read

"Hakanai Sonzai #4", which could be called “Room with a View of Mount Fuji, Yamanashi Prefecture,” was taken on March 31, 2020. It is the second part of a trilogy I began in Cuba in 2016, documenting the last sugarcane cutters, and which concluded in Israel in 2025. This trilogy explores human resilience through singular lives.
In Japan, I developed the series Hakanai Sonzai, which literally translates as “I feel myself a fleeting creature.” I settled there for eight months—a duration I maintain for each project—with my family in a traditional house near the Silver Pavilion in Kyoto. It became a home base from which I could travel, meet people, and listen.
Japan is a country where individuals rarely reveal themselves. As Nicolas Bouvier writes, personalities there are “a succession of layers of varnish.” The collective often takes precedence over the individual. To enter the lives I wanted to portray, I had to be patient. For many of the people I photographed, I first sent blank notebooks and disposable cameras. These gestures sparked an intimate correspondence, creating a space of trust that allowed me to imagine my staged scenes.
For the photo in front of Mount Fuji, Sanae had shared her wish to die at the foot of a mountain, so her spirit could rise. I took her to Mount Fuji. The hotel room was dark, the window dirty, and the air conditioning pervasive—an atmosphere that immediately discouraged me. I called my wife, Olivia, via video. Seeing the room (to avoid confusion with the one we discuss later!), she whispered the obvious: “This is where you should take the photo.”
I then simplified everything. I removed the mosquito net and sliding doors, replaced one windowpane with a frosted one, evoking the effect of ukiyo-e, the way Japanese masters depicted the floating world at the threshold of dream and reality. I recomposed a cleaner frame and asked Sanae to lie still. I work with a large-format camera, whose deliberate pace imposes a ritual: it sanctifies the moment and allows intimacy without intrusion. We talked until dawn. Then, suddenly, the light arrived.
The lower part of the window turned a deep blue, like a calm sea from which Sanae’s soul seemed to emerge.
The sun then bathed Mount Fuji in gold—a suspended moment where past, present, and future converged.
This photograph became the last of the project, yet it carried a sense of new beginnings.
I like to think that each of my photographs carries a fragment of the country, a piece of what I sought to feel: a Japan in its grace and its pain, in its restraint and its vertigo."
(Original version in French) Hakanai Sonzai #4 qu’on pourrait appeler “chambre avec vue sur le mont Fuji, préfecture de Yamanashi", a été prise le 31 mars 2020. Elle appartient à la deuxième partie d’une trilogie que j’ai commencée à Cuba en 2016, avec les derniers coupeurs de canne à sucre et qui s’est achevée en Israël en 2025. Cette trilogie explore la résilience humaine à travers des vies singulières. Au Japon, j’ai développé la série Hakanai Sonzai, qui signifie littéralement « je me sens moi-même une créature éphémère ». Je me suis installé pour huit mois – une temporalité que je garde pour chaque projet – avec ma famille dans une maison traditionnelle voisine du Pavillon d’Argent, à Kyōto. Un point d’ancrage d’où j’ai pu voyager, rencontrer et écouter.
Le Japon est un pays où les individus se livrent peu. Les personnalités, comme l’écrit Nicolas Bouvier, sont « une succession de couches de vernis ». Là-bas, l’unité prime sur l’individu. Pour entrer dans ces vies que je voulais raconter, il m’a fallu être patient. Pour de nombreuses personnes photographiées, j’avais envoyé au préalable des carnets de notes vierges et des appareils photo jetables. Ces échanges initiaient une correspondance intime, ouvrant un espace de confiance qui me permettaient d’imaginer mes mises en scènes.
Pour la photo devant le Mont Fuji, Sanae m’avait confié son souhait de mourir au pied d’une montagne pour que son esprit puisse s’élever. Je l’ai donc emmenée au Mont Fuji, l’hôtel était sombre, la vitre sale, la clim omniprésente — une atmosphère qui m’a aussitôt découragé. J’ai appelé ma femme Olivia en visioconférence. En voyant la pièce (pour éviter la confusion avec la chambre dont on parle après!) , elle m’a soufflé l’évidence : « C’est ici que tu dois faire la photo. » Alors j’ai tout simplifié. J’ai démonté la moustiquaire et les portes-fenêtres, remplacé une vitre par une autre, dépolie, dont les effets rappelaient l’ukiyo-e, cette manière qu’avaient les maîtres japonais de figurer le monde flottant, à la frontière du rêve et du réel. J’ai recomposé un cadre plus épuré. J’ai demandé à Sanae de s’allonger, immobile. Je travaille à la chambre photographique, dont la lenteur impose un rituel : elle sacralise l’instant et permet d’approcher l’intime sans le brusquer. Nous avons parlé jusqu’à l’aube. Puis, soudain, la lumière est arrivée.
Le bas de la fenêtre s’est teinté d’un bleu profond, comme une mer calme d’où l’âme de Sanae semblait émerger.
Le soleil a ensuite enveloppé le mont Fuji d’or. Un instant suspendu, où passé, présent et avenir se rejoignaient.
Cette photographie s’est trouvée être la dernière du projet, mais elle avait un air de recommencement.
J’aime à penser que chacune de mes photographies porte une part du pays, un fragment de ce que j’ai cherché à ressentir: un Japon dans sa grâce et sa douleur, sa retenue et son vertige.


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