"Toxic Lake" (2024, Texas) by Caroline Ruffault
- Laura Matesco

- Feb 5
- 4 min read
Caroline Ruffault is a French photographer whose work examines liminal spaces and the transformation of landscapes through human activity. She combines documentary practice with experimental darkroom techniques to reveal hidden dimensions of the places she photographs.

In December 2024, I made this photograph as part of my series "The Sky is Bigger in Texas." There I met Schuyler Wright, a Texas rancher who guided me across his land, to places where no one would dare venture alone.
I was interested in Lake Boehmer, the largest artificial lake born from toxic water leaks from hydraulic fracturing. Schuyler took me to these places where produced water overflows, creating landscapes that evoke the Zone from Tarkovsky's Stalker¹. Without him, I never would have dared access these abandoned lands, whose responsibility no one can quite determine.
The process is simple but destructive: to produce shale oil, companies use enormous amounts of sand and water, to which they add chemicals. Once the oil is extracted, they don't know what to do with this contaminated water. For the past decade, they've been forcing it into the ground. But it resurfaces through wells drilled in the 1940s and 1950s that were never properly plugged. Some have even been reclassified as "water wells" to escape current jurisdictions. These zombie wells leak water laden with salts, heavy metals, and radioactive materials. The contamination kills all vegetation and spreads each year. Lake Boehmer continues to grow by several acres annually.
Plugging a single well costs between $20,000 and $500,000. Oil companies avoid this expense by declaring bankruptcy or transferring responsibility to landowners. Schuyler's story illustrates this trap: his grandfather, forced by the 1929 crisis, sold the subsurface rights of his ranch to an oil company to survive. In Texas, these rights are transferred indefinitely. Three generations later, Schuyler and his family still suffer the consequences of a decision made nearly a century ago.
I followed Schuyler for several days in the region between Grandfalls and Imperial, photographing these toxic lakes, sand mines, and other parcels of his land. For this image, I inverted the negative. The original image didn't convey the urgency I felt on site. By inverting it, these orange tones emerged, restoring that sensation of danger.
This tint is not merely an aesthetic effect. It materializes the invisible contamination seeping from these stagnant waters. It's my way of making visible what silently poisons the Texas land. Later, I pushed this approach further: I collected a sample of produced water and used it to soak film rolls. The water, saturated with pollutants, erased the images within days. What had begun as a reflection on landscape destruction became a material experience: the disappearance of the images mirrored the disappearance of the land itself.
¹ Stalker (1979), a film by Soviet director Andrei Tarkovsky, depicts a mysterious contaminated zone where nature reclaims an abandoned industrial landscape. Original Version in French
En décembre 2024, j'ai réalisé cette photographie dans le cadre de ma série « The Sky is Bigger in Texas ». J'y ai rencontré Schuyler Wright, un éleveur texan qui m'a guidée sur ses terres, là où personne n'oserait s'aventurer seul.
Je m'intéressais au lac Boehmer, le plus grand lac artificiel né des fuites d'eau toxique issues de la fracturation hydraulique. Schuyler m'a emmenée dans ces endroits où l'eau de production déborde, créant des paysages qui évoquent la Zone du Stalker de Tarkovski¹. Sans lui, je n'aurais jamais osé accéder à ces terres abandonnées, dont on ne sait plus vraiment qui est responsable.
Le processus est simple mais destructeur : pour produire du pétrole de schiste, les compagnies utilisent énormément de sable et d'eau, auxquels elles ajoutent des produits chimiques. Une fois le pétrole récupéré, elles ne savent que faire de cette eau contaminée. Depuis une dizaine d'années, elles la forcent dans la terre. Mais elle ressort par des puits forés dans les années 1940 et 1950, jamais correctement rebouchés. Certains ont même été reclassés en « puits d'eau » pour échapper aux juridictions actuelles. Ces puits zombies fuient une eau chargée de sels, de métaux lourds et de matériaux radioactifs. La contamination tue toute végétation et s'étend chaque année. Le lac Boehmer continue de croître de plusieurs hectares annuellement.
Boucher un seul puits coûte entre 20 000 et 500 000 dollars. Les compagnies pétrolières évitent cette dépense en déclarant faillite ou en transférant la responsabilité aux propriétaires terriens. L'histoire de Schuyler illustre ce piège : son grand-père, contraint par la crise de 1929, a vendu les droits du sous-sol de son ranch à une compagnie pétrolière pour survivre. Au Texas, ces droits sont transférés indéfiniment. Trois générations plus tard, Schuyler et sa famille subissent encore les conséquences d'une décision prise il y a près d'un siècle.
J'ai suivi Schuyler pendant plusieurs jours dans la région entre Grandfalls et Imperial, photographiant ces lacs toxiques, les mines de sable et d'autres parcelles de ses terres. Pour cette image, j'ai inversé le négatif. L'image originale n'avait pas cette urgence que je ressentais sur place. En l'inversant, ces tons orange sont apparus, restituant cette sensation de danger.
Cette teinte n'est pas qu'un effet esthétique. Elle matérialise la contamination invisible qui sourd de ces eaux stagnantes. C'est ma façon de rendre visible ce qui empoisonne silencieusement la terre texane. Plus tard, j'ai poussé cette démarche plus loin : j'ai collecté un échantillon d'eau de production et je l'ai utilisé pour tremper des rouleaux de pellicule. L'eau, gorgée de polluants, a effacé les images en quelques jours. Ce qui avait commencé comme une réflexion sur la destruction des paysages est devenu une expérience matérielle : la disparition des images reflétait la disparition de la terre elle-même. Caroline Ruffault, janvier 2026
¹ Stalker (1979), film du réalisateur soviétique Andreï Tarkovski, met en scène une zone mystérieuse et contaminée où la nature reprend ses droits sur un paysage industriel abandonné.
.png)



Comments